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Fondation ZANMI TIMOUN en action pour contribuer dans le respect des droits de l'enfant en HAITI

zanmi-timoun-1-delmas-1.jpgCe texte présente brièvement la FONDATION ZANMI TIMOUN, une organisation de protection de l’enfance haïtienne. Il met surtout en relief les différents programmes conçus par ses responsables pour adresser particulièrement la problématique des enfants en domesticité en Haïti et prévenir la délinquance chez les jeunes des couches défavorisées issus des quartiers populaires de la zone métropolitaine de Port-au-Prince et/ou vivant dans des camps échafaudés après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010.

FONDATION ZANMI TIMOUN : SA MISSION ET SA STRUCTURE

Il existe plusieurs organismes intervenant dans la protection de l’enfance dans le pays. Certaines de leurs actions rejoignent celles menées par les organismes de droits humains quand ils cherchent à faire respecter les droits des enfants par des plaidoyers et des activités spécifiques. Mais, ils font un travail humanitaire dans les nombreux efforts déployés pour améliorer les conditions de vie quotidienne des groupes ciblés. L’approche humanitaire adoptée peut répondre ou bien à une situation d’urgence ou bien tendre vers des solutions plus systémiques, plus durables par rapport aux problèmes identifiés. La FONDATION ZANMI TIMOUN représente une de ces organisations haïtiennes de protection de l’enfance qui, depuis 2001, s’est donnée pour mission d’adresser fondamentalement les problèmes des enfants en domesticité, dans la perspective de l’éradication de ce phénomène dans notre société. De plus, en cheminant dans cette direction, la question de la délinquance des jeunes est devenue également un sujet de grande préoccupation dans ses programmes.

La Coordonnatrice, Guylande Mésadieu, apporte plus de détails sur la mission de cette fondation :

‘’On se donne pour mission de lutter contre la pratique de la domesticité qui est dégradante et inhumaine. En fait, comme nous avons l’habitude de le dire, c’est comme s’il existait deux catégories de personnes : les bons enfants, mes enfants et ceux des autres, dont les droits sont violés. Nous voyons donc la question de la domesticité comme une violation de droits de l’enfant, parce que ce dernier a droit à un ensemble d’activités : loisirs, éducation, santé. Tel n’est pas le cas pour un enfant en domesticité qui ne peut pas jouir de ces privilèges. Il n’a pas accès au jeu. Il n’a pas accès à la santé, au point qu’il n’a même pas le droit de dire qu’il est malade. Par ailleurs, à ZANMI TIMOUN, nous disons non à la délinquance. Et, combattre la délinquance signifie aider à la montée d’une nouvelle génération avec une nouvelle vision, une autre mentalité. Même quand on ne peut pas faire de ces enfants des intellectuels, mais on peut les aider à se former, à être responsables et autonomes, à comprendre leur situation, à réaliser par ainsi que la faute ne leur incombe pas s’ils ne vont pas à l’école, s’ils sont en domesticité. La faute ne revient pas non plus à leurs parents. Il s’agit plutôt de l’irresponsabilité de l’État.’’

Mme Mésadieu explique comment ZANMI TIMOUN, dans ses interventions en faveur des enfants en domesticité et de ceux séparés de leurs parents au cours des activités après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, a réalisé la nécessité de réhabiliter des jeunes en difficulté.

‘’L’approche de réhabilitation professionnelle découle de nos activités de réinsertion familiale. Quand nous avions formé une première promotion de jeunes de 16 à 17 ans c’était parce que nous avions constaté que leur réinsertion dans les provinces n’allait pas constituer la meilleure solution. Nous avions donc proposé à notre bailleur de fonds un programme de formation adapté en vue de leur donner un moyen de faire un petit business. Ceci, c’était avant le tremblement de terre.

Apres le tremblement de terre, plusieurs organismes comme nous qui faisaient des interventions d’urgence se bousculaient pour travailler avec les enfants, mais nous avons tout de suite réalisé qu’il y avait des jeunes qui nous approchaient et qui vivaient dans les mêmes conditions que les enfants avec lesquels nous travaillions. Nous avons pensé que la réunification ou la réinsertion familiale n’était pas la solution et qu’il fallait plutôt reprendre l’expérience d’avant le 12 janvier. Nous avons trouvé dès lors un partenaire qui était intéressé et décidé à travailler avec les jeunes. Nous avons pu ainsi bénéficier d’un fonds pour un programme de formation calqué sur notre première expérience qui consistait à les former professionnellement, à leur donner une activité génératrice de revenus et à aider dans la mesure de nos possibilités certains d’entre eux à trouver des stages ou un emploi dans le milieu. Nous avons donc décidé de reproduire cette expérience menée avec les jeunes en domesticité pour toucher ceux qui vivent sous les tentes, les filles-mères et les filles victimes de viol.’’

Pour accomplir sa mission, la Fondation s’est dotée de la structure suivante : une assemblée de 50 personnes membres et supporters, un comité d’administration, une coordination exécutive et plusieurs commissions. Les tâches quotidiennes sont assurées par une équipe de 11 personnes : 1 coordonnatrice, 1 comptable, 3 responsables de programmes, 1 psychologue et 5 animateurs.

INTERVENTIONS PRIORITAIRES ET GROUPES-CIBLES

Depuis 2006, la réinsertion des enfants en domesticité dans leur famille et l’ ‘’Éducation accélérée’’ au bénéfice de ces enfants ainsi que d’autres vivant dans des conditions difficiles, constituent deux axes prioritaires d’intervention pour ZANMI TIMOUN. Mais, après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, elle a dû se pencher sur les enfants séparés de leurs parents.

Mme Mésadieu établit la différence entre enfants en domesticité et ceux qu’elle identifie comme des enfants séparés de leur famille :

‘’Un enfant en domesticité, c’est celui qu’on fait chercher en province. Un parent l’accompagne pour l’emmener à Port-au-Prince dans une maison où il vient travailler pour aider à accomplir les tâches domestiques. Généralement, on promet à leurs parents de les envoyer à l’école, de les aider. Et les parents espèrent que leur enfant trouvera un bien-être. Ce qui est différent d’un enfant séparé de ses parents de façon ponctuelle. Comme c’était le cas après le 12 janvier où beaucoup d’enfants avaient perdu leurs parents, ils s’étaient égarés. Pour faire face à cette situation spontanée nous avons conçu un projet de réunification familiale qui a duré 10 mois. Mais le programme de réinsertion familiale a commencé depuis 2006.’’

Ces deux axes d’intervention font cependant partie d’un programme plus vaste.

Marie Léonne St Donel, responsable de programmes à ZANMI TIMOUN, résume les différents programmes mis en œuvre par cette institution au cours de ces 3 dernières années :

‘’Normalement nous avons plusieurs programmes. Si je prends comme point de départ l’année 2010, nous pouvons dire que nous avons réunifié avec leurs parents 193 enfants séparés de ces derniers à cause du tremblement de terre. Par la suite, nous avons réinséré dans leurs familles près d’une cinquantaine d’enfants en domesticité. En outre, nous avons mis en œuvre un programme de formation dans les camps avec une méthode appelée ESK (L’éducation est une conversation). Nous avons formé des adultes et des jeunes. Nous avons fait ressortir pour eux le caractère inacceptable de la domesticité. Nous leur avons appris à protéger leurs enfants, à les défendre. À l’intention des filles-mères et des jeunes mamans, nous avons organisé des formations sur les droits des enfants. Nous avons même monté dans les camps des comités de protection avec les gens qui ont apprécié ces formations. Les membres de ces comités fournissent leur assistance aux enfants. Quand les cas les dépassent, ils font appel à nous.

Nous continuons avec les mêmes programmes cette année : la réinsertion familiale, la formation professionnelle. Nous avons aussi un programme de formation et de sensibilisation sur la question de la traite d’enfants, dans le Plateau Central. Nous organisons des formations pour les familles biologiques, des rencontres de sensibilisation avec des jeunes scolarisés, ceux qui fréquentent des centres professionnels et les autorités locales. Enfin, grâce à un autre programme, nous allons pouvoir identifier les enfants incarcérés et leur procurer l’assistance d’un avocat et l’appui psychologique.‘’

Le siège de la Fondation se trouve à Port-au-Prince où elle travaille particulièrement dans les quartiers populaires. Mais, leurs zones d’intervention s’étendent en fait dans tout le pays, dans le cadre du programme de réinsertion des enfants en domesticité dans leur famille. Les programmes sont insérés aussi dans des structures. Elle dispose en effet d’un centre de formation à Petite Place Cazeau (Delmas) hébergeant une école primaire et un centre professionnel ; d’un autre centre de formation du même type implanté dans la commune de Gressier ; puis, de deux autres écoles primaires établies dans les communes de Savanette et de Lascahobas (Plateau central).

La responsable de programme mentionne bien que son travail ne se limite pas à Port-au-Prince :

‘’Je travaille à mon bureau, mais s’il y a des activités qui se font dans les villes de province qui exigent ma présence, j’y vais. Par exemple, pour le programme de réinsertion familiale, nous travaillons sur tout le territoire. Nous identifions l’enfant et quel que soit l’endroit où il veut aller, nous l’accompagnons. Et si ma présence est nécessaire, j’y vais. J’ai déjà travaillé à Hinche, Jérémie, Petite-Rivière de Nippes, Villard (Artibonite), Thomassique, etc.’’

Pour tous les groupes sociaux que l’organisation veut toucher, elle s’appuie sur le travail de terrain effectué par des animateurs, comme Stephora Bien-Aimé explique le travail de recrutement qu’elle a accompli après 2010 :

‘’De 2010 à 2011, mon travail, à la suite du tremblement de terre, consistait à recruter les enfants séparés de leur famille habituelle, qui étaient avec un parent, une famille d’accueil, ou une autre personne qui avait choisi de les prendre en charge ; de même que ceux-là qui se retrouvaient seuls. Nous les avons identifiés et réunifiés avec leur famille. Nous avons aussi recruté les filles violées dans les camps et nous les avons référées à des organisations-sœurs qui les ont prises en charge (parce que nous ne travaillons pas vraiment avec les filles violées). Nous avons recruté des enfants en domesticité et nous les avons réinsérés dans leurs familles.’’

Les jeunes qui participent aux cours professionnels sont recrutés également par les animateurs.

La coordonnatrice de ZANMI TIMOUN, Guylande Mésadieu, apporte des précisions sur la méthode conçue pour aider ces derniers dans leur travail sur le terrain, en vue de permettre au bureau de faire les recrutements :

‘’Il y a une fiche qu’on a préparée et qui contient toutes les informations dont on a besoin par rapport aux profils recherchés. Par exemple, à Petite Place Cazeau, entre 500 et 600 fiches ont été remplies, dans les maisons et dans les camps. Nous avons expliqué qu’on collectait des informations et qu’il ne s’agissait pas d’inscription. Nous avons relevé leurs numéros de téléphone sans préciser qu’il était question de formation. Ces fiches ont été traitées pour sélectionner les profils les plus appropriés en fonction des critères préétablis. Nous leur avons demandé de mentionner : leur aspiration professionnelle, leur statut de parent, leur âge, le pays d’origine de leurs parents, leur pays d’origine, leur lieu d’habitation , leur statut de domestique, leur niveau d’études, etc… Et ainsi nous sommes parvenus à vérifier s’ils répondent aux critères de vulnérabilité considérés pour leur acceptation au programme de formation.’’

De façon spécifique, elle souligne l’approche d’identification des enfants en domesticité dans le programme de réinsertion familiale :

‘’Nous avons nos animateurs qui se rendent dans les fontaines d’eau à Port-au –Prince, sur les places publiques, les points où l’on distribue de la nourriture comme chez les Sœurs et les Frères ; par exemple, chez feu le père Jean-Juste, à l’église de Petite Place Cazeau, vers 2 heures où les enfants ayant une certaine liberté viennent chercher à manger. À Caradeux, généralement les enfants viennent à la fontaine vers 10h, 11 h (a.m.). On peut y trouver facilement 4 ou 5 enfants en domesticité. Cela peut arriver que tous les enfants ne veuillent pas aller retrouver leurs parents. Ordinairement, nous n’exigeons pas qu’ils partent. C’est pourquoi nous avons les écoles. Un enfant qui ne veut pas retourner chez ses parents, nous ne le forçons pas à le faire. Nous accompagnons seulement ceux qui le veulent.’’


RÉUNIFICATION FAMILIALE

Pour bien comprendre les interventions de ZANMI TIMOUN, avant d’aborder le programme de réinsertion familiale, il est important de faire quelques brèves considérations sur le programme de réunification familiale.

Un programme conçu après la catastrophe du 12 janvier 2010 leur a permis de réunir 193 enfants avec leurs parents.

Un parent bénéficiaire, une dame qui vivait seule avant le séisme avec ses deux enfants, Selena et Kevin, rapporte comment s’est opérée cette réunification dans son cas :

‘’Je m’appelle Daphnée Louverture. J’habite à Nazon. J’ai bénéficié de ZANMI TIMOUN de l’argent pour mener une activité génératrice de revenus et de 2 kits pour mes enfants, Selena et Kevin.

Ma maison a été détruite (par le tremblement de terre) et j’avais tout perdu. Je n’avais pas la possibilité de m’occuper des enfants. J’ai dû confier l’un d’eux à quelqu’un, qui l’a placé dans un orphelinat et l’autre, lors de la panique causée par la nouvelle de l’eau qui montait, je l’ai égaré. Celui-ci a été retrouvé par une personne qui l’a retenu et ensuite il s’est sauvé. Errant dans les rues, il a rencontré un agent de ZANMI TIMOUN qui m’a aidée à le retrouver. Ce même agent m’a aidée également à retrouver le premier qui se trouvait à l’orphelinat.’’

La fille aînée de Daphnée, Selena, évoque les mauvais moments passés après sa séparation d’avec sa mère et de son petit frère, à cause du séisme. Elle était âgée lors de 10 ans. Elle en profite pour manifester sa reconnaissance envers ZANMI TIMOUN :

‘’Je m’appelle Selena. J’ai 13 ans. J’habite à Nazon. Je fais la 7e année fondamentale. Après le 12 janvier, ma maman n’ayant pas eu les moyens de me prendre en charge, m’a envoyée chez quelqu’un. Par la suite, ce dernier ayant été à cours de ressources, m’a placée dans un orphelinat. J’étais malheureuse. Je ne mangeais pas, je pleurais sans cesse ma maman qui me manquait et j’étais tombée malade. C’est un agent de ZANMI TIMOUN, Mésadieu Jean Raymond, qui était venu me chercher, accompagné de ma mère. Je dis merci aux agents de ZANMI TIMOUN. Je les convie à tenir bon et à continuer leur boulot. Ils ne doivent pas se décourager, même si cette initiative connaîtrait des bas.’’

 

Jeunes du Centre professionnel de Delmas

RÉINSERTION FAMILIALE DES ENFANTS EN DOMESTICITÉ

Comme souligné précédemment, la réinsertion des enfants en domesticité dans leur famille constitue un axe essentiel dans les programmes de ZANMI TIMOUN.

Il est bien connu que les enfants en domesticité proviennent surtout de la province, notamment dans le milieu rural où vivent leurs parents dépourvus de moyens économiques. Mais, au-delà des problèmes socioéconomiques, ces derniers estiment que si leurs enfants sont élevés en ville, leur avenir sera assuré et ils seront plus éclairés que leurs pairs vivant dans les campagnes. Mais, en réalité, ces enfants échouent à Port-au-Prince chez des gens - et bien souvent ceux avec qui ils ont des liens de parenté – qui ne prennent pas soin d’eux, qui les maltraitent, les mettent au service de tous les adultes habitant leur maison. Tandis qu’ils desservent les enfants chéris par ces derniers, eux ils subissent les pires violences. Ils sont en effet bastonnés, injuriés, et souvent les filles subissent le viol perpétré par le maître de maison ou d’autres garçons vivant dans ce foyer.

La coordonnatrice précise le nombre d’enfants en domesticité réinsérés dans leurs familles depuis le début de ce programme en 2006 et les départements géographiques les plus concernés :

‘’Nous avons commencé avec l’appui de l’OIM (Organisation internationale de la migration). Actuellement, nous sommes à 318 réinsertions. Au fait, nous les faisons prioritairement dans le Plateau Central et la Grand’Anse, puis en troisième lieu dans l’Artibonite, spécialement à Gros Morne. Cette tendance n’a pas seulement été observée par nous, elle l’a été par d’autres institutions faisant le même travail. Cependant, les études réalisées font état de la prépondérance d’enfants en domesticité en provenance de la zone de la Grand’Anse, mais moi, je n’ai pas pu le vérifier dans la pratique.’’

Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince où ces domestiques sont identifiés par l’équipe de ZANMI TIMOUN, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ceux-ci ne sont pas repérés dans les quartiers où vivent les gens les plus riches. Ils sont retrouvés plutôt dans les quartiers populaires :

Stephora precise ces milieux de recrutement en rapport au travail accompli dans ce domaine après 2010 :

‘’Nous faisons le recrutement des enfants dans les camps, dans les quartiers populaires, dans les zones les plus défavorisées. Souvent on pense que les enfants sont en domesticité chez des gens aisés habitant à Pacot, Pétion-Ville… mais nous avons constaté qu’ils vivent chez les personnes les plus défavorisées, dans les zones de Martissant, Champ-de-mars, que nous avons surtout ciblées pour le recrutement.’’

Quand la Coordonnatrice de ZANMI TIMOUN fait état de 318 domestiques réinsérés dans leurs familles, on peut estimer que le chiffre est très bas. Mais, en écoutant avec attention Léonne St Donel, la responsable de programme, expliquer la marche à suivre pour la réinsertion de chaque enfant ainsi que les difficultés rencontrées, on peut se faire une juste opinion :

‘’Retourner un enfant en domesticité chez ses parents, c’est ce que nous appelons : programme de réinsertion familiale. Tout d’abord, nous identifions cet enfant. Puis, nous nous entretenons avec lui, parce que ce ne sont pas tous ces enfants qui comprennent qu’ils sont en domesticité et qui manifestent le désir de retourner chez eux. Pour celui qui veut retourner chez lui, nous lui demandons les coordonnées de ses parents biologiques. Puis, nous parlons à ces derniers pour leur expliquer la situation dans laquelle vit leur enfant. On les informe que l’enfant veut rentrer chez lui. Dès lors, on les prépare psychologiquement pour qu’ils acceptent ce retour, parce que bon nombre d’entre eux ne veulent pas reprendre l’enfant parce que selon eux celui-ci mène une vie confortable, mais ne veut pas rester. Dans ce cas, nous faisons une sorte de médiation pour expliquer aux parents et leur démontrer que l’enfant a le droit de vivre avec eux. D’autre part, nous revenons chez la famille qui a domestiqué l’enfant pour leur parler et expliquer que c’est un droit qu’a l’enfant de retourner chez ses parents, et que normalement ils doivent le laisser partir. Ceci n’est pas facile à accepter, quand on sait que, le plus souvent, cet enfant effectue tous les travaux ménagers. Une autre étape importante, il faut requérir les services d’un médecin pour vérifier l’état de santé de l’enfant pour ne pas le ramener malade à ses parents. Il doit voir aussi un psychologue pour l’aider à reprendre confiance, parce qu’on sait ce qu’il subissait là où il vivait. Puis, nous retournons chez les parents biologiques pour leur donner une petite formation dans la gestion d’un petit business, s’ils en ont déjà, sinon leur montrer comment en mettre un sur pied. En dernier lieu, nous accompagnons l’enfant que nous conduisons chez ses parents. Là, nous l’assistons dans les démarches pour fréquenter une école sur place et enfin, nous transmettons son dossier à d’autres organisations proches de la zone, par le biais desquelles nous pouvons vérifier s’il est bien réintégré dans sa famille biologique.’’

Par ailleurs, étant donné que ZANMI TIMOUN est une organisation disposant de très peu de ressources, il faut comprendre qu’après la phase d’identification des enfants en domesticité, elle doit procéder à une sélection rigoureuse pour accompagner chez leurs parents ceux-là qui ont plus de problèmes, qui subissent beaucoup plus de violence.

La coordonnatrice nous donne un exemple de ces cas prioritaires :

‘’La dernière fois qu’on a réinséré un enfant, celui-ci vivait dans la zone de Débussy. Il dormait et en pleine nuit la dame lui a lancé au visage de l’eau glacée. Depuis lors il souffrait de maux de tête sévères. Ce qui n’avait pas empêché à la dame de continuer à ouvrir son réfrigérateur pour reprendre la même opération en plusieurs fois. Quand il était venu au bureau, son corps était lacéré en maints endroits et on pouvait repérer sur sa face une brûlure. Selon lui, il s’agissait d’un fer à repasser qu’on lui avait collé au visage. Pratiquement on ne pouvait pas prouver que ces séquelles étaient dues réellement à un fer à repasser, mais c’est ce que nous avait dit l’enfant et je l’ai photographié.’’

Elle spécifie aussi qu’un montant de 30 mille gourdes est alloué par la Fondation à chacune des familles touchées et fournit des informations sur son utilisation :

‘’Quand le bailleur nous donne de l’argent, il verse approximativement 30 à 35,000 gourdes pour chaque enfant, y compris les frais de déplacement. Mais généralement les parents reçoivent 20,000 gourdes pour faire un petit commerce et 10,000 gourdes pour l’écolage des enfants i.e. achat de livres, de fournitures et matériels scolaires. En principe, la famille reçoit 30,000 gourdes.’’

FORMATION ET SENSIBILISATION SUR LES MÉFAITS DE LA DOMESTICITÉ 

Les activités de formation et de sensibilisation communautaire sont menées par ZANMI TIMOUN pour combattre à la base les pratiques de domesticité. Il s’agit surtout de montrer aux parents l’importance de garder chez eux leurs enfants. Après le séisme de 2010, cette formation a été dispensée dans les camps (zone métropolitaine de Port-au-Prince), à des adultes et des jeunes. Plusieurs séances de sensibilisation communautaire ont été aussi assurées dans les provinces, notamment dans l’Artibonite et le Plateau Central. La méthode utilisée est l’ESK. Elle a été élaborée par la Fondation Limyè se Lavi.

Valson Estelon, un bénéficiaire dans ces camps de cette formation appuyée par ICCO et UUSC (Unitarian Universalist Service Committee), en donne des détails :

‘’Mon nom est Valson Estelon. Je vis à Village Afka, Delmas 33, bloc St Patrick. ZANMI TIMOUN était venue réaliser le programme ESK («Edikasyon se yon konvèsasyon », l’éducation est une conversation). Nous avons eu l’opportunité d’apprendre des notions dans 5 livres dont le premier traitait de la violence sexuelle. Les autres embrassaient : la violence physique, la violence verbale (qui réfère aux injures), le comportement des bons parents et des bons responsables d’enfants, et l’importance du dialogue entre adultes et enfants. Une formation qui a duré 2 ou 3 semaines et qui a engendré par la suite tellement de demandes, que je reste persuadé qu’elle va continuer. Après avoir reçu cette formation, on doit faire de la sensibilisation dans sa communauté mais aussi intervenir quand les cas le requièrent. On devient donc un agent capable de continuer le travail.’’

Dans les provinces où la Fondation fait ce travail de sensibilisation communautaire, la coordonnatrice explique comment cette même méthode est utilisée et certains résultats obtenus :

‘’Nous faisons beaucoup de sensibilisation dans les communautés qui touche à la fois les gens ayant des enfants en domesticité et ceux qui n’en ont pas. Il s’agit de leur montrer les méfaits de la pratique de domesticité. Dans certaines communautés où nous faisons ce travail, des parents prennent eux-mêmes l’engagement d’aller chercher leurs enfants. Nous avons réalisé des séances de sensibilisation par exemple à Saut d’Eau, Lascahobas, aux Gonaïves et à Gros Morne où nous avons en même temps réinséré 18 enfants. Beaucoup de familles qui y ont participé avaient des enfants en domesticité et plusieurs d’entre eux ont été après chercher leurs enfants. À Savanette, la dernière fois que nous avons organisé une activité avec OIM, 150 personnes environ y ont pris part et, dans la salle, beaucoup de familles, les larmes aux yeux, disaient : ‘’moi, mon enfant était en domesticité’’ ou bien ‘’mon enfant est encore en domesticité.’’

Enfin, il faut mentionner que ZANMI TIMOUN fait partie d’un réseau qui se penche spécifiquement sur le dossier des enfants en domesticité. Il s’agit d’ABA SISTÈM RESTAVÈK (ASR), structure qui regroupe une trentaine d’organisations. Dans le pays, il existe d’autres organisations n’appartenant pas à ce réseau qui adressent aussi ce problème. L’OIM (Organisation internationale de la migration) finance, comme ZANMI TIMOUN, au moins 23 d’entre elles. Dans le réseau ASR dont fait partie la Fondation, 3 organisations font la réinsertion familiale, toujours d’après la coordonnatrice.

Mais, en considérant une étude publiée par l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) en 2000 qui atteste la présence de 300,000 enfants en domesticité dans le pays, par rapport à la mission de la Fondation ZANMI TIMOUN d’éradiquer ce phénomène dans notre société, on peut se demander si les activités de réinsertion menées par cette organisation permettront d’y arriver.

ENFO-LIEN a posé cette question à la coordonnatrice, qui a répondu ainsi :

‘’C’est vraiment minime ce que nous avons fait sur cette question. Voilà pourquoi quand nous faisons les réinsertions, nous faisons parallèlement de la sensibilisation et nous menons des activités de plaidoyer. Nous luttons contre cette pratique, mais nous avons toujours dit que l’État doit dire son mot, parce que l’activité de réinsertion peut entraîner aussi des effets pervers. Quand nous aidons les enfants à retourner chez leurs parents et que nous donnons à ces derniers un petit montant pour le commerce, d’autres personnes au courant de ce programme peuvent tenter de placer leur enfant en domesticité pour bénéficier de ce petit commerce.

Il existe la loi de juin 2003 qui traite de la maltraitance des enfants, mais elle n’a aucune force contraignante. Cette loi dit effectivement qu’il ne faut pas maltraiter les enfants mais en aucun point elle ne précise les sanctions prévues en cas de violation. Des familles posent souvent des actes graves, quand on se présente avec les enfants (par-devant les autorités), ils donnent des conseils, mais ils ne veulent jamais procéder à leur arrestation. Cependant, même quand on a une absence de lois, nous avons des conventions qui protègent les enfants, mais les responsables ne s’en soucient guère.’’

École de Delmas: Enfants sur-âgés 

LE PROGRAMME D’ÉDUCATION ACCÉLÉRÉE

En outre, gérer les enfants en domesticité identifiés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, mais qui ne veulent pas retourner dans leur foyer, s’est avéré très difficile. La Fondation s’est évertuée à leur offrir autre chose. Ainsi, en 2006, un programme d’Éducation accélérée a été initié avec la création d’une école primaire ayant la capacité d’accueillir 120 enfants, établie à Delmas. Après 2010, avec la contribution d’haïtiens vivant à Boston (Fonds Haïtien de Boston), trois (3) autres écoles primaires du même type ont été implantées à Gressier, Savanette et Lascahobas. Le programme d’Éducation accélérée est destiné aux enfants sur-âgés ne pouvant pas fréquenter une école formelle et constitue un autre axe d’intervention fondamentale de ZANMI TIMOUN.

On peut se faire une idée de l’orientation globale de ces écoles à partir des quelques renseignements donnés par Luc Robert Alexandre, directeur du Centre de formation de ZANMI TIMOUN de Delmas (Petite Place Cazeau), où fonctionne une de ces écoles primaires fréquentée cette année par 110 élèves :

‘’À l’école, nous avons un effectif de 110 élèves environ et nous avons un programme spécifique. En principe, ce devrait être 40 élèves par salle. Nous avons 3 échelons: niveau I, niveau II et niveau III, correspondant à un cycle d’études de 3 ans. Cela veut dire que dans 3 ans, l’élève devrait pouvoir couronner ses études primaires, i.e. obtenir son certificat d’études primaires. Actuellement, l’école compte environ 65% de filles et 35% de garçons.’’

La coordonnatrice de ZANMI TIMOUN renseigne sur les matériels didactiques utilisés et le programme non formel adopté, ainsi que sur les résultats obtenus généralement :

‘’Nous avons initié les écoles primaires en 2006 avec le GHRAP (Groupe Haïtien de Recherches et d’Action Pédagogique). Depuis lors, nous utilisons la méthode d’éducation de base accélérée adoptée par cette institution qui forme nos instituteurs et les rémunère. Il ne s’agit pas d’une école au rabais. Nos instituteurs reçoivent une formation continue. Après 3 ans de préparation, nos élèves subissent les épreuves nationales pour l’obtention de leur certificat d’études primaires. Nous avons ordinairement un taux de réussite de 70 à 80%.’’

Pour chaque niveau, ce programme condense les notions vues dans le cycle fondamental primaire sur 2 années jusqu’à atteindre le niveau 3, étape à laquelle les élèves doivent subir les examens officiels du certificat d’études primaires.

Les propos d’un professeur de l’École de Petite Place Cazeau , Delmas, enseignant au niveau 1, permettent d’avoir une meilleure connaissance de ce type d’école :

‘’Je m’appelle Bonhomme Elvita. J’enseigne depuis 2 ans à l’école de ZANMI TIMOUN, en niveau I; ce qui équivaut à la 1e et la 2e Année du premier cycle fondamental. J’ai fait la Rhéto (le bac 1). Je dispense des cours de mathématiques, de créole, de sciences expérimentales, etc… Ma classe compte 31 élèves, dont 10 garçons et 21 filles. Les élèves d’ici sont âgés de 10 à 18 ans. Les catégories d’enfants reçus ici sont ceux d’âge très avancé, qui n’ont pas eu la chance de fréquenter une école, ceux dont les parents sont démunis, des orphelins, ceux qui sont en domesticité. Nous suivons un programme accéléré. Chaque samedi, nous participons à une session de formation. Ce programme est conçu pour des enfants sur-âgés. Par exemple, nous en avons qui sont âgés de 10 ans et qui sont en 1e année. Ils ne devraient pas être dans cette classe. Il en est de même pour d’autres âgés de 18 ans qui suivent des cours de 1e ou de 2e année. On a donc élaboré ce programme pour faire face à cette réalité. Tous les enfants ne comprendront pas à cent pour cent, car il y en a qui sont en domesticité, qui viennent suivre régulièrement les cours, mais, chez eux, on ne leur accorde pas de temps ou pas assez pour étudier et faire les devoirs.’’

Au fait, ces élèves sur-âgés dont parle cette institutrice sont pour la plupart des adolescents. Wesly Fanfan, un d’entre eux qui suit les cours du niveau III, parle de son apprentissage et confie ses rêves d’avenir :

‘’Je m’appelle Wesly Fanfan. J’ai 19 ans. Je suis en 6e Année Fondamentale (niveau III). J’habite à Petite Place Cazeau, Rue Robès # 66. Ma tante ne travaille plus, parce que ses enfants le lui interdisent. Elle dépend donc de ces derniers. Je viens faire la 6e année ici, mais j’ai suivi antérieurement des cours jusqu’en en 4e année du premier cycle fondamental dans un autre établissement. Mon professeur sait que j’aime surtout les sciences sociales et les sciences expérimentales. Il n’y a que les mathématiques qui me donnent du fil à retordre. J’ai du mal à assimiler les problèmes et les exercices. J’aimerais étudier la mécanique, ou à défaut, le dépannage d’ordinateurs.’’

Une autre du niveau I, qui fréquentait antérieurement une école dans le milieu rural d’où elle est originaire, exprime son intérêt, mais dévoile ses difficultés.

‘’Je m’appelle Jésula Désir. Je suis en 2e Année Fondamentale (niveau I). J’ai 11 ans. J’habite à Silo, Delmas 75, où je vis avec ma marraine, ma tante, ma cousine, mon oncle. Il y en a qui sont infirmières, professeurs. J’aime lire, écrire, faire les devoirs, etc. Lorsque j’étais en 1e année, ma moyenne se situait entre 6 et 7. Mais, pour la première période de la 2e année, j’ai réalisé une moyenne de 2, parce que je n’avais pas compris les examens.’’

Les parents, bénéficiaires indirects, ne semblent pas avoir une participation spéciale dans la vie de ces écoles. Ils suivent tout simplement les progrès de leurs enfants. Normalement, ils devraient payer des frais annuels s’élevant à 500 gourdes, mais la majorité d’entre eux s’y dérobe.

La mère d’une élève sur-âgée qui suit des cours au niveau II, livre son opinion sur cette école :

‘’Je suis Madame Arsène Augustin, parente de Marie Noëlle St Cyr, âgée de 17 ans, qui est en 2e année. Je ne connaissais pas l’école. Quelqu’un m’en a parlé, en l’occurrence, mon ami Pasteur Samuel qui en était bien informé. Je voulais trouver une école pour l’enfant, il m’a donné la référence et m’a accompagnée ici. Dès le premier contact, j’ai réalisé qu’elle fonctionne bien, sans aucun problème. Avant d’arriver ici l’enfant était analphabète. Je constate maintenant qu’elle commence à se débrouiller. Je vois que c’est une institution qui va de l’avant. Je suis une bénéficiaire de ses services que je reçois gratuitement. C’est une grande satisfaction pour moi. Les dépenses que j’ai consenties concernent : l’uniforme, les chaussures, les livres, le sac d’école, les cahiers et toutes les fournitures classiques.’’ 

Centre de formation de Gressier:  Cours d'électricité

LES CENTRES PROFESSIONNELS

Quant aux cours professionnels, ils sont organisés pour accueillir des jeunes ayant au moins un niveau classique correspondant au certificat d’études primaires. La première promotion de 2012 en comptait 60. Les options suivantes ont été offertes : couture et « batique », cuisine et pâtisserie, peinture, plomberie, électricité. Ceci a été complété par une formation rapide sur les petites entreprises. Puis chaque certifié a bénéficié d’un montant de 6,000 gourdes pour lui permettre de produire par la suite des articles destinés à la vente comme des vêtements ou des produits culinaires. Pour l’année 2013, deux promotions sont en formation professionnelle : l’une de 120 élèves à Gressier et l’autre de 100 élèves à Petite Place Cazeau (Delmas). Le Centre professionnel de Delmas offre une 6e filière permettant de faire l’apprentissage de la fabrication et du montage de portes et fenêtres, dénommé ‘’windows’’. Les inscriptions ne sont pas ouvertes, comme c’est le cas dans les autres centres professionnels existant sur le marché. Des jeunes de 16 à 25 sont plutôt recrutés.

La directrice du Centre de Gressier qui est à sa première promotion, informe sur le programme adopté et les catégories de jeunes accueillies :

‘’Je suis Margareth Bien-Aimé. Nous sommes à Santo, Gressier, 8, Impasse des Arbres. En ma qualité de directrice, je coordonne toutes les activités du Centre. Nous avons 5 options : plomberie, électricité, peinture/graphique, pâtisserie/cuisine et couture. Notre horaire de cours est le suivant : mardi, mercredi et jeudi, de 1 h à 5h pm. Pour les programmes utilisés par nos professeurs, en vue de bien former nos élèves, nous nous référons à l’INFP (Institut national de formation professionnelle), instance de tutelle de toutes les écoles professionnelles en Haïti. Nous accueillons ici une trentaine de filles-mères, i.e. des filles qui n’ont pas encore 18 ans et qui ont sur les bras des enfants abandonnés par leurs pères. Nous avons 4 cas de viols. La majorité de notre clientèle est constituée d’orphelins, car nous en comptons 35 à 40.’’

Un point important : les jeunes sont encouragés à suivre des cours pour n’importe quelle filière, indépendamment de leur sexe. On retrouve des filles en plomberie tout comme en ‘’windows’’. Une jeune fille du Centre de Petite Place Cazeau (Delmas), qui a opté pour les cours de plomberie, fait part de ses impressions :

‘’Mon nom, c’est Cerisier Chedline. J’ai 25 ans. J’apprends la plomberie. J’habite à Caradeux où je vis avec ma sœur et mes nièces. Je n’ai pas de moyens économiques. J’ai fréquenté l’école jusqu’à la 9e année fondamentale. J’observe toujours quand on aménage les réservoirs, quand on monte les lavabos, les éviers. C’est ce qui m’a portée à aimer la plomberie. Voilà pourquoi je suis venue apprendre ce métier. Même quand j’ai des choses que je ne comprends pas, le professeur m’explique et je n’ai rien à me plaindre. Je me sens fière d’être assise parmi les messieurs pour apprendre la plomberie ; réellement fière.’’

Même pour les cours de cuisine fréquentés jusqu’ici par les filles, ZANMI TIMOUN cherche à changer la conception qui les associe uniquement à cette catégorie. À Gressier, pour faire passer le message, un homme a été choisi comme professeur de cuisine. Ce professeur répondant au nom de Guy Elismé décline sa formation et précise ce qu’il attend de ses jeunes élèves :

‘’Au Centre, nous faisons la cuisine et la pâtisserie. Nous apprenons aux jeunes à préparer à manger. Nous avons 36 filles. Nous n’avons pas de garçons à suivre le cours.

J’ai fait la Rhéto (le bac). J’ai appris la cuisine et la pâtisserie au Centre d’art culinaire de Delmas 6. Ce que j’attends des élèves, je le leur dis et je le leur promets : la formation dispensée permettra à n’importe qui d’entre eux, qui parvient à trouver un contrat ou bien qui choisit d’aller travailler dans un restaurant, d’être en mesure de fonctionner valablement’’

Ces cours durent 6 mois. Dans chacun des deux centres, on compte un professeur pour chaque filière qui travaille 3 fois par semaine, au rythme de 4 heures par jour. L’accent est mis sur la compétence de ces professeurs pour éviter de donner une formation médiocre aux jeunes en même temps que ZANMI TIMOUN attend de ces enseignants une certaine compréhension des problèmes de ces derniers. Le professeur de peinture au Centre de formation de Gressier constitue un modèle en ce sens :

‘’Je suis Castin Yves, professeur de peinture au Centre de ZANMI TIMOUN. J’avais enseigné le sport au Collège Juvénat Sacré Cœur. J’enseigne encore la peinture, la céramique et la calligraphie dans une institution chrétienne situé à Lambi 5. J’enseigne aussi la peinture chaque mercredi au Lycée Français, le Lycée Alexandre Dumas. J’ai étudié les arts plastiques à l’ENARTS pendant 4 ans…\

Assez souvent dans ces disciplines, les hommes sont toujours plus nombreux. Je pense que j’ai une douzaine de garçons et 3 ou 4 filles. Nous sommes dans la période de démarrage. Nous travaillons avec le crayon pour le moment. Il faut que l’apprenant finisse par trouver sa main, qu’il ait la maîtrise du matériel de travail le plus utilisé (crayon noir, feuilles blanches et crayons de couleur). C’est de là qu’il faut partir pour être capable de faire les mélanges, les compositions, avant d’aborder la peinture proprement dite. Sans ce pré-requis, on ne sera pas capable de réaliser facilement une peinture, parce que si on dessine mal un sujet, il n’y a pas de correction possible. Donc, il faut bien consolider cette base. C’est l’étape la plus importante qui permettra de démarrer pour de bon…

J’ai fait le lycée et l’ENARTS, qui sont deux écoles publiques. L’État ne me demande pas de lui rendre ce que j’ai reçu de lui. Donc, moi je pratique souvent le bénévolat, surtout en sport. Je mène ces activités sans un sou dans le quartier où j’habite, parce que, pour moi, sauver 2 ou 3 jeunes susceptibles de s’adonner à des activités malsaines, en leur donnant une profession pour qu’ils puissent se débrouiller, c’est déjà beaucoup pour moi. Ainsi, j’aime ce que je fais. J’y prends plaisir.’’

Pour renforcer la capacité des jeunes, d’autres cours sont dispensés pour compléter leur apprentissage technique. Il s’agit des droits humains et des droits spécifiques des enfants et des femmes ; du planning familial/santé reproductive et prévention du VIH/SIDA ; de la gestion des risques et désastres ; de l’éducation civique et de la citoyenneté engagée. (Malheureusement, ils n’ont pas pensé à la question de la drogue) Et, l’encadrement psychologique fourni aux jeunes représente un élément important qui différencie ces centres des autres établissements d’enseignement technique du même type existant dans le milieu.

Jacques Valérice, étudiant finissant en travail social et en psychologie, respectivement à la Faculté des Sciences Humaines et à la Faculté d’Ethnologie, fait ce travail d’encadrement psychologique des jeunes dans les deux (2) centres professionnels. Mais, jusqu’à présent, il est plus présent à Petite Place Cazeau (Delmas). Il accompagne individuellement quelques-uns et les réunit par groupe de 20 qu’il subdivise souvent en groupe de 5, pour réaliser son travail. Il explique les activités menées avec eux, en vue de les faire avancer :

‘’Moi, je suis un travailleur social. Je suis aussi psychologue, responsable du programme de réinsertion sociale à la FONDATION ZANMI TIMOUN.

Mon travail embrasse plusieurs aspects. Dans un premier temps, je rencontre les jeunes par groupe et je remplis un formulaire pour chacun d’eux. J’analyse ensuite tous ces dossiers en vue de déterminer le profil des élèves. Il s’est révélé que la majorité est abandonnée par leurs parents. Sont nombreux les cas d’enfants délaissés par leur père ou bien ceux dont leur père et mère sont séparés depuis longtemps, ou bien encore ceux qui ont perdu leur père et mère et qui ont grandi chez des tantes, des oncles. Ce ne sont pas vraiment des orphelins du séisme. Mais on en retrouve beaucoup dont les maisons de leurs parents ont été détruites par le tremblement de terre du 12 janvier. Ce qui les a conduits à vivre sur des terrains vagues. Par exemple, au Centre professionnel de Petite Place Cazeau (Delmas), la majorité des jeunes accueillis vit sous des tentes sur le terrain Toto, dans la zone de Tabarre. C’est pourquoi un des faits qu’ils déplorent est le mauvais environnement dans lequel ils évoluent. On sent qu’ils s’efforcent de s’adapter à cette nouvelle situation qui ne les plaît pas.

J’accorde la priorité à ces jeunes qui viennent de commencer, parce que je veux faire un travail d’accompagnement de base, surtout avec ceux-là qui sont tellement découragés qu’ils ne peuvent pas profiter de l’opportunité d’apprentissage qu’on leur offre. Ils ont tendance à abandonner les cours. Nous nous asseyons avec eux et les mettons parfois dans une situation où nous inversons les rôles. Nous faisons en sorte que celui qui se montre vraiment négatif joue le rôle de conseiller pour d’autres. Il va ainsi apprendre de cette situation. Il va réaliser du même coup que s’il a la capacité de motiver les autres pour les porter à prendre des initiatives dans la vie, il peut se prendre en charge lui-même. Nous faisons aussi des sociodrames. Quand nous avons fini de réaliser une activité, sans les orienter, nous distribuons les rôles et nous leur demandons de monter une scène sur ce que nous venons de faire. Ils passent aux actes et ensuite nous nous asseyons avec eux pour analyser leur production et nous cherchons à savoir les leçons qu’ils en tirent. Nous les faisons interagir et nous évaluons leur niveau de compréhension des activités réalisées avec eux.’’

Un jeune de 23 ans, Carlos Baptiste, souligne l’importance de cet accompagnement dans le cours de peinture qu’il a choisi :

‘’Le psychologue était venu. Il nous a parlé et nous a appris comment gérer nos stress. En dessin, on dit qu’on fait appel à l’esprit, juste pour bien avoir son équilibre pour réaliser le croquis. Je crois que ce qu’on a fait avec nous, nous a aidés à contrôler notre esprit, des fois à gérer notre stress ainsi que nos émotions.’’

Une autre, Nadège Tanélus, âgée de 19 ans, donne son appréciation de cette activité :

‘’Je suis les cours de couture et « batique ». La couture réfère à la confection de vêtements et la « batique » renvoie au coloriage ou changement de teinte des tissus. J’ai l’habitude de rencontrer le psychologue ici. Des fois, même quand je me sentirais stressée, quand je me souviens de ce qu’il a l’habitude de dire, je m’évertue à me détendre.’’

Nadège profite de l’occasion pour adresser un message aux parents de jeunes comme elle :

‘’Le dernier mot pour les auditeurs qui nous suivent : Il faut qu’on fasse apprendre aux enfants quelque chose, sinon ils ne pourront pas travailler dans ce pays où il n’y a pas d’emplois. Il faut qu’ils les fassent apprendre un métier. C’est tout ce que je peux dire aux parents.’’

Cours de couture à Gressier 

CONCLUSION

Comme mentionné précédemment, La FONDATION ZANMI TIMOUN dispose de très peu de moyens. Elle est aussi confrontée à beaucoup de problèmes de gestion des ces différentes activités assez importantes. Rien que pour plus de séances de travail permettant d’assurer un meilleur encadrement psychologique des jeunes des centres professionnels, il leur faudrait avoir un staff plus important. C’est aussi le cas pour assurer un bon suivi des résultats en rapport avec chaque programme.

Il est évident que beaucoup d’efforts sont déployés pour permettre aux enfants en domesticité de recommencer à vivre avec leurs parents en province. Des enfants séparés de leurs parents après le tremblement de terre ont pu les retrouver. D’autres ont pu bénéficier d’un minimum d’éducation non formelle. Des jeunes ont été initiés à un métier et ont été orientés vers certaines activités génératrices de revenus. Des enfants incarcérés sont en passe de bénéficier d’assistance légale et de papiers d’identité. En résumé, plusieurs enfants et jeunes ont vu s’améliorer quelque peu leurs conditions de vie. Mais, la coordonnatrice de ZANMI TIMOUN est consciente de l’ampleur des problèmes adressés et du manque d’articulation des organismes évoluant dans les champs correspondants. Les œuvres humanitaires ne sauraient donc les résoudre. Elle reconnaît qu’il faudrait fondamentalement des interventions sérieuses de l’État pour changer les structures sociales qui ont engendré ces maux.

Date de dernière mise à jour : 20/07/2013

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